Bienvenue!

Je vous présente ce nouveau blog où seront publiées des nouvelles, les vôtres comprises.Pour cela il suffit de me les envoyer!

Quelques petites choses à respecter:


*Chaque nouvelle sera signée (par un pseudo de préférence), et il y aura une possiblité de mettre des liens de l'auteur, pour ceux qui le souhaitent.
*L'auteur doit m'envoyer avec sa nouvelle une image correspondante, si possible.
*Les commentaires devront se montrer respectueux envers l'auteur, nous ne sommes pas ici pour les descendre au plus bas. Les critiques ocnstructives sont, par contre, plus que bien venues!
*Toutes nouvelles doit être écrite dans un français correct.
*J'essairai dans la mesure du possible et de ma disponibilité de corriger et bêta-lire ce les textes des auteurs, avec leur accord bien entendu.

Me contacter à l'adresse suivante: frayssens@hotmail.fr


Sur ceux, je vous souhaite une bonne lecture, ou un bon mal de tête pour trouver l'inspiration ;)

Pix empruntée à Carpe Diem dont j'attends la nouvelle avec impatience et que je remecie aussi bien pour son aide que pour 'm'avoir lue'!

Faites tourner ce blog et bonne visite!
Bienvenue!

# Posté le mercredi 25 juillet 2007 12:26

Modifié le vendredi 09 novembre 2007 14:21

°¤mWa¤°

Bon, je me présente vite fait... Comme le veut la politesse ^^

Je suis connue sous de nombreux pseudo, mais ici ça sera Neko-Hime (mon pseudo du moment).

Mon style préféré est l'héroic-fantasy, même si j'aime beaucoup les nouvelles fantastiques...

J'écris sérieusement depuis à peu près un an, mais j'ai toujours adoré la lecture et l'écriture...

J'apprécie qu'on me fasse des critiques constructives afin de m'améliorer, donc ne vous offusquez pas de mes remarques...

Sinon, je penses que vous me découvrirez bien assez tôt grâce à mes textes...

BoNnE lEcTuRe...
°¤mWa¤°

# Posté le mercredi 25 juillet 2007 12:45

Modifié le vendredi 09 novembre 2007 14:12

¤Sommaire¤

¤Sommaire¤
Si un jour ce blog contient de nombreuses pages, il est impératif de préparer un sommaire.

Je vous demanderais donc de bien vouloir m'envoyer un résumé avec vos nouvelles pour que je puisse le mettre sur cette page...

¤Merci¤


Page1:

*L'entre Deux Monde: Une jeune fille se fait renverser par une voiture, et se retrouve dans un endroit plus qu'étrange à fuir des Spectres qui ôtent la vie...

*DeCrEsCeNdO: Quand un don est jugé innoffensif, une drogue suffit à le faire basculer comme étant le feu destrcuteur d'un esprit. Folie quand tu nous tiens...


Page2:

Un Voyage Singulier: Une pauvre fille, quinze ans, part pour des vacances tranquille en espagne, seulement le hic c'est qu'elle a la phobie des avions, peur irrationnelle, ou peut-être pas...

*Loups et Dagons (EsQuIsSe): Une jeune fille fait un rêve plutôt étrange, relatant le passé d'Antités disparues. Et depuis, sa tante a un comportement étrange. Que lui cache-t-on? [première partie]

*AvA: Quand une jeune fille se réveille dans une ruelle sombre, nue, et avec un étrange tatouage, elle est loin de se douter de sa véritable identité...


# Posté le mercredi 25 juillet 2007 13:04

Modifié le vendredi 09 novembre 2007 14:27

¤L'Entre Deux Mondes¤

Je me permets de commencer avec l'une de mes nouvelles afin de vous encourager...

Cette nouvelle je l'ai présentée au concour Clara et j'y est donc apporté pas mal d'attention.

J'espère qu'elle vous plaira.

NOTE POUR CRAC: félicitation, fan de lecture jeunesse à ce que je vois ^^ Alors pour ta gouverne, oui, artémis est bel et bien un clin d'oeil au plus grand génie de tout les temps ^^ je suis une fan xD Ensuite, je le répète encore et encore: je ne me suis absolument pas inspiré de la quête d'Ewilan... Lisez l'histoire jusqu'au bout vous comprendrez ^^ Mais merci pour tes commentaires, j'en suis ravie ^^

¤oOo¤


L'entre deux mondes



Un homme lit tranquillement son journal sur un banc, comme tous les après-midi en semaine. Quotidiennement, il voit cette fille rentrer chez elle, toujours seule, écoutant de la musique. Elle doit être au collège, ou au lycée; elle n'est pas très grande, habillée simplement d'un jean usé et d'un débardeur simple. Elle porte toujours un ruban autour du cou; elle a quelque chose de spécial malgré la simplicité de ses gestes et de son attitude anodine. Cette jeune fille traverse justement la rue. L'homme la regarde et lui crie quelque chose, mais elle ne l'entend pas à cause de son lecteur MP3 et de ses écouteurs dans ses oreilles. La voiture arrive vite, beaucoup trop vite, et la fille n'entend toujours rien. Il aurait voulu se précipiter vers elle, mais il est trop loin... c'est trop tard.


*

Je me réveillai dans un endroit que je ne connaissais pas. J'étais allongée à même le sol, sur un duvet de mousse, dans une forêt lumineuse, sans que je puisse pour autant voir le ciel ou le soleil. J'entendais les clapotis réguliers des gouttes d'eau qui tombaient des feuilles des arbres, comme après un jour de pluie. Pourtant, le sol n'était pas humide. Le vent faisait bruisser les végétaux des basses fougères jusqu'aux cimes invisibles des arbres.
Je me redressai avec difficulté. Il n'y avait aucun autre son que cette douce mélopée de vent et d'eau: pas d'oiseaux, pas d'animaux, rien, pas même une fourmi qui passait par là. C'était un silence surnaturel.
Mon corps était douloureux. J'avais l'impression d'être passée sous un rouleau compresseur.

*

Je marchai dans cette forêt insolite, à la recherche d'aide, ou d'une sortie. Il fallait bien que je trouve un moyen de retourner chez moi, bien que personne ne m'y attendît. J'aurais dû être triste, comme d'habitude, mais j'étais dans une sorte d'état second. Je ne ressentais plus rien. Ni fatigue, ni douleur, ni faim, ni soif... Aucun sentiment, aucune sensation.

*

Soudain, après un temps indéfini à errer dans cet endroit des plus étranges, une forme apparut devant moi, silencieusement. Elle posa ce qui semblait être une main sur mon front. Et tout d'un coup, je sus, je sus que les Ombres -des sortes spectres-, me tueraient si j'en touchais une, je sus que tous ceux qui étaient dans cet endroit essayaient d'échapper désespérément à la mort. Je retrouvai aussi le souvenir flou d'une voiture me percutant.
La vision de la chose qui m'avait transmis ces informations sembla s'effacer dès qu'elle rompit le contact avec mon esprit. Je me demandai dans quel but elle m'avait transmis tant de faits essentiels à ma survie, et si seulement elle « disait » vrai. Pourquoi ferais-je confiance à cette créature? Sans compter que celle-ci ne voulait pas que l'on se souvienne d'elle, étant donné qu'elle s'était arrangée pour que je l'oublie immédiatement. Qui me disait qu'elle ne me mènerait pas à une fin certaine?
De plus, toutes ces révélations ne provoquèrent rien chez moi, jusqu'à ce que j'en aperçoive une... Une Ombre.

*

Je haletais, j'avais du mal à reprendre mon souffle. Elle s'était approchée de moi. J'avais entendu des voix qui m'appelaient; je n'avais jamais eu aussi peur de toute ma vie. Non, c'était un sentiment bien plus fort que la peur...
Elle formait une silhouette vaporeuse, d'un noir ténébreux, opaque, dense. Un visage presque humain, une odeur de mort... J'en avais encore la chair de poule.
Pourtant, un instant auparavant -si cela faisait bien un instant, j'avais perdu la notion du temps-, j'étais sûre qu'on ne pouvait rien éprouver ici. Le vent qui entonnait toujours sa lamentation me soufflait le contraire. Le contact avec cette Chose m'avait rendue mon humanité... Mais à quel prix?
Cette terreur qui m'avait envahie à cette vision.... J'avais eu l'impression de ne plus pouvoir bouger, jusqu'à ce que l'Ombre approche un de ces pseudopodes vers moi. Et là, ce fut la panique, je tombai en arrière, puis je me redressai à toute vitesse et j'avais commencé à reculer, étant trop terrifiée pour lui tourner le dos. Je n'avais même pas eu la force de crier. Puis, je me suis enfuie en courant, ne pensant à rien d'autre que de partir le plus loin d'elle.
J'avais couru jusqu'à ne plus pouvoir faire un pas. J'étais essoufflée, morte de fatigue. Je m'étais écroulée au pied d'un arbre, n'en pouvant plus. Et sans m'en rendre compte, je tombai dans un profond sommeil pour la première fois depuis que j'étais dans ce monde étrange.

*

Une Ombre m'approcha alors que je dormais toujours. J'avais tout à fait conscience de sa présence, sans pourtant m'en affoler. Elle ne vint pas à moi comme avait fait l'autre, pas avec l'intention de m'entraîner vers la mort avec elle. Non, pas du tout. Et je sus, quand elle fut près de moi, que je n'avais rien à craindre. Je n'avais d'ailleurs pas la moindre idée de l'origine de cette certitude.
Puis, comme dans un rêve, je me voyais dans une chambre d'hôpital, allongée sur un lit, une machine me maintenant en vie. Un médecin parlait de moi, avec mon professeur principal. C'était bien la seule personne qui se préoccupait un petit peu de moi.
Je me demandai quand même comment je pouvais être à deux endroits à la fois...

*

« Nous ne pouvons pas la garder comme ça indéfiniment! Ça fait trop longtemps qu'elle est dans le coma, sa famille ne veut rien savoir, et rien payer... J'ai horreur de faire ça, mais nous allons la débrancher. »
-Mais, enfin Docteur! Elle est jeune, elle a toute sa vie devant elle! Nous ne pouvons pas faire ça!
-Je le sais bien, mais quand elle se réveillera, si elle se réveille, il se sera peut être écoulé plusieurs années! L'hôpital ne peut pas la prendre en charge.Toutefois, je veux bien attendre une semaine de plus. Si vous réussissez à convaincre sa famille de payer les frais, alors je consentirai à la laisser.

*

Je me réveillai en sursaut, de nouveau dans ces bois... Et je vis la personne à qui je devais de ne pas avoir pu en savoir plus sur l'autre moi qui avait eu l'accident. C'était un jeune homme, de mon âge environ, qui me secouait.
« Enfin tu te réveilles! Vite, il faut filer d'ici, les Ombres approchent! »
Sans un mot, trop terrifiée par cette révélation, je l'avais suivi. Il était plus grand que moi, brun aux yeux verts, plutôt mignon, même pour moi qui ne m'intéressais pas vraiment aux garçons. Mais je chassai cette idée de ma tête pour me concentrer sur notre fuite.

*

Enfin, nous les avions semées. Je n'avais jamais senti d'Ombres aussi désireuses de nous attraper. Peut être redoutaient-elles les regroupements. Mais personne ne pouvait savoir comment elles pensaient.
Je reportai mon attention sur le jeune homme du nom d'Artémis, derrière lequel je marchais. Il m'intriguait au plus haut point. Bien qu'il y eût une certaine solidarité entre les personnes prisonnières de cet univers, j'eus l'impression que son acte n'était pas naturel. Je fus, bien entendu, heureuse d'être encore de ce monde -quoique je ne savais pas encore de quel monde je parlais-, mais j'avais désormais peur des conséquences, même si j'ignorais tout de ce qui pourrait arriver, ou même d'où me venait cette certitude que ce ne serait pas bénéfique pour moi.
Mes intuitions m'avaient beaucoup aidée depuis que je me trouvais dans cet endroit. J'avais toujours été comme ça. Je savais si ma journée allait être bonne ou mauvaise quand je me levais le matin.
Je le rattrapai en accélérant un peu le pas. Je me plaçais donc à ses côtés, entamant bêtement la conversation par des questions sans grande importance. Nous avions, bien plus tard échangés nos points de vues sur nos vies -qui n'étaient semblables qu'en très peu de points- et nos impressions sur l'endroit où nous nous trouvions.

*

Une fois, nous avions croisé un homme qui avait perdu une de ses jambes. Lui aussi se souvenait vaguement d'un accident. Lui aussi fuyait les Ombres. Moi qui croyais que mon imagination me jouait des tours...
Il avait, certes, beaucoup de mal pour se déplacer, mais sa forte volonté compensait cette faiblesse physique. La dernière fois que j'avais vu des Ombres, j'avais eu un mal fou à les esquiver, tandis qu'elles ne s'approchaient presque pas de lui. C'était donc ça, la volonté dont Artémis m'avait parlée. Une volonté de vivre...
L'unijambiste s'était évaporé aussi soudainement que s'il avait été touché par les Spectres, mais ce n'était pas le cas. Il avait été englobé d'une lumière blanche, rassurante, très différente de celle de ce lieu lugubre. J'entendis résonner sa voix dans la forêt, me disant qu'il reviendrait me voir... Serait-il retourné dans notre monde, celui des vivants?
Quant à moi, cette idée me déplaisait franchement. Pourquoi retournerais-je là-bas? Je préférais encore cette vie de fugitive à celle que je menais avant. Une vie de solitude, alors qu'ici il y avait plein de personnes unies par le même problème, ici le quotidien n'était pas monotone, ici, les sensations désagréables étaient peu nombreuses; ici, les Ombres donnaient du piment à la vie.
Là-bas n'était que douleur et ressentiment, une vie triste, injuste, cruelle; une vie sans intérêt, une vie où toutes les nations étaient belliqueuses et s'entre-tuaient.
Ici, c'était comme si je vivais à nouveau, une autre chance, un moyen de me construire une nouvelle vie. Il fallait juste que je trouve le moyen de combattre les Ombres et de rester ici si on me débranchait de l'appareil qui tenait mon autre moi en vie...
Peut-être était-ce juste un rêve, un désir sans espoir de se réaliser...
Tout en pensant et en marchant aux côtés de mon compagnon, je ne pouvais m'empêcher de trouver cette forêt magnifique. Mystérieuse, enchanteresse... Sombre et claire à la fois... Toute la beauté du danger et de l'incertain se ressentait dans ces bois.

*

Cela faisait pas mal de temps maintenant que je faisais équipe avec Artémis. Peu à peu, nous trouvions différentes astuces afin de pouvoir survivre dans L'Entre Deux Mondes. C'était ainsi que j'avais nommé cet endroit, car j'étais pratiquement certaine que nous étions entre la vie et la mort. Je pensais même que les Ombres venaient du royaume des défunts, ce qui aurait expliqué l'apparition de ma mère...
Quand nous nous installâmes dans un endroit tranquille, loin des Spectres, je lui fis part de tous mes doutes, de toutes les craintes que j'éprouvais et surtout, de mon récent désir de rester dans L'Entre Deux Mondes.
Il se moqua ouvertement de moi: « Tu ne peux pas te cacher ici, entre vie et mort, pour fuir tes ennuis! Tu es quelqu'un de génial, et je suis sûr que ça s'arrangera un jour. De plus, il est peu probable que ton souhait soit réalisable. Surtout avec ce médecin qui ne veut pas te garder gratuitement. D'ailleurs, je voudrais que tu me fasses une promesse: nous allons nous battre tous les deux pour sortir de là. Jure le moi! »
Dès que j'eus promis, nous levâmes le camp. Cette forêt me semblait bien morne tout d'un coup...

*

Je pense maintenant pouvoir dire qu'elle a été la pire expérience que j'ai vécue dans L'Entre Deux Mondes... Ça avait été un pur massacre.
Tout a commencé lorsque nous avons découvert un groupe de réfugiés qui s'étaient rassemblés afin de faciliter leur lutte contre les spectres. Ils montaient la garde à plusieurs la nuit, guettant le danger.
Nous nous sommes joints à eux quelques jours, sans nous douter de ce qui allait arriver.
La forêt était plus calme que d'habitude. Le calme avant la tempête. J'avais décidé d'ignorer ce changement, malgré le fait que le mélancolique chant du vent avait arrêté sa perpétuelle plainte.
Pour passer le temps, j'avais exposé à Artémis mes nouvelles théories. Pour moi, le vent serait la voix des Ombres... Et cette fois, il ne s'était pas moqué pas de moi; il avait pris un air très sérieux pour me répondre qu'il y avait déjà pensé. Il avait en effet remarqué que d'énormes bourrasques se déclenchaient quand Elles étaient dans les parages.
Je m'étais sentie frissonner. Mon ami était là depuis plus longtemps que moi, et il avait vu des choses horribles, telles qu'un groupe entier de Spectres fondre sur une de leurs malheureuses victimes, lui arrachant un dernier cri d'agonie. De même, quand il était arrivé dans ce monde, il y avait eu un grand nombre d'entre eux à sa poursuite, ce qui laissait penser qu'il avait frôlé la mort de peu, et il craignait de voir l'état dans lequel se trouverait son corps quand il reviendrait à lui.
Je lui avais souri, pour le sortir de ses sombres pensées.

*

Le vent avait recommencé à agiter les lointaines cimes des arbres et un mauvais pressentiment m'avait envahie, comme de nombreuses fois auparavant. En pire. Mes poumons avaient semblé ne plus pouvoir fonctionner, me privant de cet oxygène si précieux.
Je l'avais senti, les Ombres allaient arriver d'un instant à l'autre, et je n'avais même pas pu prévenir mon ami, la peur me coupant de tout moyen de communication. Alors, je lui avais saisi tant bien que mal le poignet et l'entraînai à ma suite.
Nous nous étions ainsi éloignés des gens qui se faisaient happer un par un. Les Spectres s'étaient dirigés vers la masse de peuple et nous nous étions sortis d'affaire. Grâce à moi. Et pourtant, je me dégoûtais. Maintenant que nous nous tenions loin de l'endroit où ils avaient été envoyés à la mort, je me dégoûtais vraiment. J'avais abandonné toutes ces personnes à une fin certaine, en me sauvant moi, et rien que moi.
Une main se posa sur mon épaule, alors que je m'étais assise à même le sol, le front sur mes genoux, mes jambes rabattues contre mon corps.
Non, je l'avais emmené avec moi, je n'avais pas fait preuve d'égoïsme. J'avais juste fait au mieux.
En me relevant, je me demandai si Artémis savait à quel débat intérieur je m'étais adonné. Certainement. Il commençait à me connaître mieux que je me connaissais moi-même. Il me sourit, comme je l'avais fait quelques temps auparavant, pour me sortir de mes sombres pensées.

*

Ces derniers temps, nous étions assez tranquilles. Il faut croire que les Ombres avaient eu leur dose de proies pour un moment. Qui sait comment pensent les Spectres?
Maintenant, Artémis et moi étions vraiment proches, mais je n'avais aucun outil de comparaison, étant donné qu'il était mon seul et premier ami. Et pourtant, nous étions si différents!
En effet, malgré ma promesse, je ne souhaitais pas retrouver mon ancienne vie; même si celle-ci ne me convenait pas non plus. Il y avait, hélas, peu d'échappatoires: changer de vie en revenant à moi -en supposant que les médecins me garderaient le temps qu'il faudrait en vie-, ou bien mourir...
Et mon ami, lui, désirait vivre à tout prix, retourner à son ancienne vie, reprendre ses études, retrouver sa famille... Il voulait que nous nous retrouvions, une fois ma vie changée et me faire découvrir que la vie avait de bons côtés, des instants de bonheur. Mais je n'étais pas tellement convaincue.
Il faisait preuve d'un enthousiasme débordant. J'étais résolue à ne pas retrouver ma vie d'avant et convaincue que je ne pourrais pas vraiment le retrouver en me réveillant; pourtant, la joie de vivre de mon compagnon me réchauffait le coeur.

*

Une fois de plus, nous nous trouvâmes face aux Ombres. Confrontés une fois de plus à ces créatures de l'au-delà, nous ne nous doutions pas que nous n'allions pas nous en sortir aussi aisément que précédemment.
Je ne compris pas ma réaction au début. Cela s'était passé si vite, que je n'eus pas le temps de réfléchir. Les Ombres s'étaient avancées vers nous, lentement, sans se presser, comme si elles étaient certaines de leur future victoire. Si elles avaient été humaines, je suis certaine que nous aurions pu apercevoir des sourires malsains derrière le rideau de brouillard noir qui les cachait. Nous nous enfuîmes vainement.
Très vite, nous nous étions retrouvés encerclés par ces Spectres. Et l'un d'entre eux fonçait sur Artémis, qui justement commençait à être auréolé d'une lumière blanche. Lui qui désirait tant retourner chez lui, était à deux doigts de réussir!
Et c'est à ce moment précis que je me suis interposée entre lui et la mort, provoquant la mienne par la même occasion. Je lui avais souri tandis que nos silhouettes respectives partaient chacune dans une direction différente. Je sus alors que mon mauvais pressentiment quand je l'avais rencontré était totalement erroné. Il était la plus belle chose qui me fût jamais arrivée. Je ne savais pas si c'était réciproque, car je ne vis l'expression que son visage affichait. Je ne pouvais qu'espérer qu'il serait heureux et qu'au fond, mon seul et unique ami ne m'oublierait pas... Oui, ce fut mon dernier souhait, que je reste pour toujours au fond de son coeur.

*

Cela faisait plusieurs mois que ce jeune homme de première était sorti de l'hôpital. Il avait rattrapé tous ses cours, sans trop de difficulté. Il était assez bon élève, donc cela ne lui avait pas posé trop de problèmes.
Son accident avait été grave. Il était resté bien longtemps entre la vie et la mort à l'hôpital, et avait failli ne plus pouvoir marcher. Il avait eu beaucoup de chance.
Il avait été étrangement perturbé quand il avait appris le décès de la fille de la chambre voisine à la sienne, qu'on avait débranchée, car personne voulait prendre en charge les frais. Il avait l'étrange impression de l'avoir connue, à une époque lointaine, dans une autre vie. Il ne savait pas pourquoi il s'était mis dans un état pareil, pourquoi ce malaise l'avait envahi.
C'est peut-être pour cette raison qu'il s'était rendu à son enterrement, malgré les protestations des médecins. Heureusement, il récupérait vite, et pouvait déjà se déplacer de lui même.
Quand le cercueil de la jeune fille avait été mis en terre, il n'y avait pratiquement personne dans le cimetière. D'habitude, il y avait plein de gens qui venaient présenter leurs condoléances à la famille du défunt. En l'occurrence, c'était à se demander si cette adolescente avait eu une famille. Il avait eu une terrible envie de pleurer pour cette personne qui, selon son professeur principal, n'avait jamais versé une larme.
Mais là, cela avait été encore pire lorsqu'il avait lu une étrange nouvelle, un livre qui, sans qu'il sache pourquoi, l'avait attiré, alors qu'il trônait sur une étagère dans une librairie. Jamais un livre ne l'avait autant ému. Ému... Ce mot ne correspondait pas; c'était plutôt chamboulé. Oui, il ne savait plus que faire... Cette histoire, avec cette fille qui rencontre quelqu'un qui lui ressemble un peu... Dans cet Entre deux Mondes. Et ces Ombres qui les poursuivaient... A la fin, elle s'était sacrifiée pour ce garçon... Lui voulait vivre, et elle ne voulait pas retourner dans son ancien monde. Alors elle avait trouvé une alternative. Elle s'était jetée entre ces Spectres ?et lui...
Les larmes coulèrent sur ses joues, encore une fois, comme à chaque moment où il se remémorait la fin de ce livre. Un sentiment de culpabilité l'envahit aussi. Pourquoi se sentait-il à se point coupable pour une histoire fictive ?
Il aurait fait n'importe quoi pour oublier ce qu'il avait lu...
Non. En fait, pas du tout. Il s'était rendu compte que cette histoire, d'une façon ou d'une autre faisait partie de sa vie. Peut-être que cet Entre Deux Mondes existait; et dans ce cas, il s'y serai lui même trouvé un moment, ce qui expliquerait tout. Ceci n'était peut-être pas une histoire inventée de toutes pièces. Ceci n'était peut-être pas à dormir debout...
Mais au fond, il n'en savait rien.




By Neko-Hime

¤oOo¤

Laissez vos avis s'il vous plaît!
¤L'Entre Deux Mondes¤

# Posté le mercredi 25 juillet 2007 13:50

Modifié le mardi 27 novembre 2007 13:10

¤DeCrEsCeNdO¤

Bonjour tout le monde^^ Enfin une nouvelle prête à être publiée! J'espère qu'elle vous plaira... En tout cas, laissez des commentaires constructifs et soyez nombreux à la lire!

Bonne lecture!

Neko-Hime


Decrescendo

« Salut ma belle, t'as vu, je t'ai apporté tes fleurs préférées... C'est toujours les marguerites, hein ? Je les ai cueillies sur la route de Distroff, tu sais, celle où y'a un banc où on allait toujours tous les deux... J'aimerais bien qu'on y retourne, sur ce banc. Au moins une fois...
La
ura, tu te rappelles de Laura ? Et bien elle sort avec Gatien, tu sais, le grand blond que toutes les filles s'arrachaient...et s'arrachent toujours. Mais bon, tu te moques de ces potins, non ?
Q
ue veux-tu que je te dise d'autre... Ta ur, Florine, elle s'est trouvé un boulot. Elle travaille à la médiathèque alors qu'elleteste les livres. Elle dit qu'elle fait ça parce que tu voulais le faire, toi. Julien a un succès fou auprès des filles, tu te rends compte ? Toutes ses copines de classe lui tournent autour... »
L
e garçon qui parlait, le bouquet de marguerites à la main, s'arrêta. Que pouvait-il ajouter? Rien. Il n'avait plus rien à ajouter devant cette dalle en marbre blanc dénudé de fleurs. La seule décoration était une gravure sur la pierre tombale : Lezzi Coralie.
L
e jeune homme revint deux ans en arrière, à l'époque où son amie était encore de ce monde.

***


Une jeune fille courait sous le tonnerre. Sur la route. Celle à quatre voies qui traversait Thionville. La chaussée était mouillée, elle glissait. Mais la fille s'en fichait. Elle voulait se prouver qu'elle existait bien. Savoir si rien n'avait changé. Ses cheveux blonds étaient collés à ses tempes par la pluie et la sueur sous sa large capuche, ses grands yeux n'exprimaient que la peur de savoir. Savoir. Ce mot tournait en boucle dans sa tête. Il occupait toutes ses pensées.
Elle s'arrêta au milieu de l'artère. Elle était différente. Elle le savait. Savoir...
L
es voitures redémarrèrent au feu vert. L'orage avait assombri toute la ville, la jeune fille se fondait dans l'obscurité avec son Sweet noir informe. Le conducteur de la grosse voiture rouge qui avait démarré à vive allure ne l'aperçut pas, plantée au milieu de la voie. Mais, au dernier moment, il vit parfaitement deux yeux singuliers qui reflétaient les foudres colériques du ciel. Son ½il droit était aussi pâle que la lune qui n'allait pas tarder à apparaître, d'un gris clair lumineux, tandis que l'iris gauche était son opposé, d'un bleu foncé et intense. Un regard fou à la limite de l'hystérie. Le conducteur n'avait esquissé aucun mouvement, pourtant, son véhicule s'était arrêté, le moteur était coupé, les phares éteints. Les autres voitures qui arrivaient derrière l'évitèrent de justesse et subirent le même sort, à la même hauteur que la grosse voiture rouge. La conductrice d'une décapotable vert électrique, la dernière à stopper, avait encore ses yeux plantés dans ceux de la jeune fille debout, bien droite, en plein milieu de la route. Debout, elle ne le resta pas bien longtemps : elle s'écroula sur la chaussée, une main sur le sol, une autre sous ses cheveux, sur sa nuque. Elle se sentit peu à peu partir loin de la réalité, son cerveau ne déchiffrait plus les cris qui sonnaient autour d'elle, ils n'étaient qu'une cacophonie assourdissante. Et au milieu de tout ça, juste avant de sombrer, elle entendit sans le comprendre le cri d'une voix trop familière pour elle.
«
Coralie ! »

« Mademoiselle Lezzi, pouvez-vous me répéter la question que je viens de vous poser ? Ou bien préférez vous finir ce cours dans le bureau du principal ? »
Ladite L
ezzi leva vers son professeur un regard de b½uf. L'adulte tressaillit, comme à chaque fois qu'il croisait son regard. Des yeux intimidants.
« Vous m'avez demandé
de vous donner l'aire du triangle DEF, monsieur. »
A c
es paroles, toute la classe murmura de stupéfaction. La jeune fille eut un sourire satisfait et baissa à nouveau la tête. Ils étaient en algèbre, et alors ? Même si personne n'en avait conscience, c'était elle qui menait la danse dans tous les cours, aussi bien chez les professeurs que chez les élèves. Personne ne pouvait s'interposer, son « pouvoir », elle en usait et en abusait, surtout sur les humains. Ça dérangeait l'ordre de la nature ? Tant mieux. Cette chose qu'elle pouvait faire n'était pas naturelle, elle l'avait depuis la naissance, personne n'a jamais su lui expliquer pourquoi. Et rien ni personne ne pouvait lui résister. Enfin, sauf les quatre éléments : le feu, l'air, la terre et l'eau. Les bases de toute chose, celles présentes au commencement. Même pour elle c'était impossible.
L
a sonnerie de la fin des cours retentit. Un quart d'heure avant la fin. Personne n'attendit son reste et se précipita hors de la salle, la jeune télépathe en dernier.
Elle
se dirigea droit dans le couloir de droite et rencontra un adolescent adossé au mur, ses longs cheveux noirs lui cachaient le visage masquant ses expressions, peut-être un sourire ? Elle se mit devant lui et agita la main devant sa figure. Le garçon releva la tête et sourit à la jeune fille avant de lui faire la bise. Ils marchèrent pour sortir du colge, sans une parole échangée. Ils marchaient côte à côte sans un bruit, le garçon remuant légèrement la tête au rythme de la musique qui sortait de ses écouteurs et la fille regardant droit devant elle, les sourcils froncés, ses longs cheveux blond platine volant au rythme des pas. Des rumeurs indiscrètes se propageaient dans leur dos, mais ils s'en moquaient, ils continuaient leur chemin dans les couloirs vers la sortie. Ils franchirent l'imposant portail et comme d'un accord tacite, ils allèrent vers le centre-ville.
À
l'angle d'une petite rue, une fille brune à la poitrine opulente se planta devant la Lezzi, les mains sur les hanches, lui lançant un regard noir. Derrière elle se trouvait une fille de la classe de la télépathe, une petite rousse aussi superficielle que la brune.
« Alors Lezzi, il p
araît qu'on drague les profs maintenant ? Sarah m'a dit que tu avais encore fait du charme à Monsieur Edward ? Tsss... Petite pute, tu ne mérites même pas de vivre ! Je te préviens que si t...
Le jeune homme
avança d'un pas vers la blonde, qui était une de ses camarades de classe. C'est d'un air presque blasé qu'il coupa lui coupa la parole :
- Laura
... arrête...
Ladite
Laura fit comme si elle venait de s'apercevoir de la présence du garçon. Elle lui adressa un regard de pseudo-surprise et de séduction.
- Oh Y
ann ! Comment ça va ? Je parie que cette pétasse t'a tiré ici pour te draguer ? Je ne sais pas si...
- Ferme-
là, coupa-t-il à nouveau de ce même air las.
- Oh Yann
comment tu peux être aussi méchant ? Tu ne vaux pas mieux que les autres, ça veut dire ? T'es un connard ? Je... »
Laura
s'était arrêtée de parler et il y avait une bonne raison à cela. Ses yeux étaient exorbités, ses lèvres ouvertes comme dans un cri muet. Yann glissa un regard à son amie : elle regardait fixement la fille qui s'était mise en travers de son chemin. Il regarda aussi en arrière pour bien vérifier que personne n'arrivait. Il avait l'habitude, ce n'était pas la première fois que la jeune fille faisait ça, loin de là. La victime tomba à genoux les deux mains appuyées sur son ventre, son assaillante avait sur ses lèvres un sourire sadique, elle allait la faire souffrir. Sarah se précipita sur son amie pour la relever. Non. Pas la faire souffrir. Les faire souffrir. L'autre lui claqua la main et lui attrapa la gorge à pleine main, délaissant son estomac et elles tombèrent toutes les deux au sol.
So
n attaquante haussa les sourcils, eut un sourire satisfait, attrapa la main de Yann et partit. Son ami ne posa pas de questions, ça ne l'impressionnait même plus maintenant. Quand, il y a longtemps, elle utilisait son pouvoir sur lui et l'obligeait à se ridiculiser devant tout le monde, il craignait la jeune fille au point de ne plus vouloir aller à l'école. Pourtant elle était plus jeune que lui, il était de quatre ans son aîné, il était en terminale et elle était en troisième. Il avait dix-neuf ans, elle en avait quinze.
Beaucoup pensai
ent que les deux jeunes sortaient ensemble, mais jamais cette idée n'aurait effleurée l'esprit du garçon et ça devait être la même chose pour la fille. Elle était comme sa petite s½ur, sa meilleure amie, sa confidente, tout cela à la fois.
Les
deux amis arrivèrent devant un café qui ne payait pas de mine. Ils entrèrent et s'installèrent à une petite table au fond. Yann prit la parole, la voix calme mais le regard sévère :
« Tu n'
aurais jamais dû faire ça Coralie... Après ce qui s'est passé mardi, tu ne...
- Je
me fiche de ce qui est arrivé mardi ! J'ai réussi, je m'en moque..., coupa Coralie.
- Mais ce n'est pas vrai
! Tu ne te rends pas compte qu'un jour ça ne marchera pas et que tu te feras écraser ! J'en ai marre de venir te chercher dès que j'entends la rumeur qu'une folle s'est jetée sous les roues d'une voiture ! »
A présen
t, il criait, sa voix allait crescendo. Coralie fixait le verre de limonade qu'un serveur venait de poser devant elle, comme si elle voulait hypnotiser les légères bulles de dioxyde de carbone. Le garçon lui attrapa le menton et la força à la regarder. Elle savait qu'il en avait marre, cinq ans que ça durait. Cinq ans aussi qu'elle était en internat, trois ans qu'elle ne voyait plus ses parents, trois ans qu'elle allait chez Yann les week-ends, trois ans qu'elle avait essayé de tuer son petit frère.
Un bien
triste souvenir pour tout le monde. Elle avait dix ans à l'époque. On avait retrouvé Coralie débitant des paroles sans queue ni tête en fixant de ses yeux étranges son jeune frère avec une lueur meurtrière dans le regard, des livres déchirés et griffonnés étaient étalés un peu partout dans la pièce. Le petit, qui n'avait même pas quatre ans, gisait sur le sol, les mains serrées autour de son cou. Quand plus tard, lui psychologue lui demandera pourquoi elle avait essayait d'étrangler son frère, Coralie répondra qu'il avait abîmé ses livres, ses trésors. Ses parents lui avaient interdit de revenir à la maison, ordonné de trouver une amie qui l'hébergerait le week-end. Elle avait choisi Yann, son seul ami.
Ce dernier cherch
ait dans le regard de la jeune fille quelque chose qui pourrait l'aider, quelque chose qui lui dirait qu'elle allait arrêter.
Coralie se leva sou
dainement et alla au bar, les sourcils encore plus froncés que d'habitude. Un vieil homme lui avait fait signe et lui avait laissé sur le comptoir une petite bouteille et un mot. Elle le parcouru rapidement des yeux.
« Je vous ai entendu par
ler toi et ton ami. Je te connais j'étais là mardi, j'étais là aussi au mois d'avril et toutes les autres fois. J'ai vu tes crises. Une pilule par jour. C'est ce qui te suffit de prendre pour arrêter de sombrer à chaque fois. Libre à toi de les prendre ou pas. Je ne veux que ton bien.»
Elle prit l
e flacon, le cacha dans la poche de son pull. Elle retourna s'asseoir en face de Yann et termina son verre de limonade. Le jeune homme la regarda sans rien dire, que pouvait-il dire ? Il savait très bien que son amie oublierait ses paroles, comme elle faisait oublier à ses victimes leur agression.


Coralie était assise devant son bureau à la chambre de l'internat. Elle fixait la bouteille pleine de gélules rouges et blanches. Ses yeux ne reflétaient que la peur d'en prendre ne serait-ce qu'une seule. Mais après tout, ce n'était pas juste une de ces petites pilules qui allait lui faire stopper ses crises ?
El
le attrapa une bouteille d'eau dans son sac d'école et fit passer le « médicament ». Sa tête lui tourna et un voile lui tomba sur les yeux. Elle s'accrocha à son bureau pour ne pas basculer de sa chaise, au point que ses jointures devinrent blanches. Au bout de quelques minutes qui lui semblèrent des heures, Coralie se sentit un peu mieux et elle voulut se lever. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle s'écroula sur le lino. Son c½ur s'emballa et ce fut le noir. Un noir pourtant paré de couleurs vive, des jaunes, des oranges et des verts. Un monde joyeux et euphorique. Son monde à elle.

Encore un
e. Juste une. L'envie de ressentir encore cette douleur. Ce bien-être étrange, cette impression d'exister. Ses yeux roulaient dans leurs orbites, sa lèvre inférieure tremblait, son cerveau réclamait sa petite pilule bicolore. Son corps traînait lamentablement par terre, la chaise de son bureau et ledit bureau aussi étaient par terre, renversés. Si l'apocalypse devait avoir lieu, la Terre aurait sûrement le même aspect que la chambre de la jeune fille à ce moment.
S
a main déboucha la bouteille, elle goba une gélule et plongea dans son propre univers.

En
deux mois, la ville avait changé. Elle aussi. Plus que la ville, ça, c'était certain. Elle allait toujours en cours, elle continuait d'aller chez Yann le week-end. Tout était comme avant mais plus rien n'était pareil. Elle ne dormait plus la nuit, de grands cernes s'étalaient sous ses paupières, des éclats fous passaient parfois dans ses yeux, ses bras étaient griffés, ses beaux cheveux auparavant si lumineux étaient devenus ternes. Elle utilisait sans interruption son pouvoir. Non, elle n'avait plus de crises, oui, elle faisait ce qu'elle voulait des gens et des machines, oui, elle se sentait bien, oui, elle était droguée.
Personne
, pas même Yann n'avait remarqué le changement chez la jeune fille, hormis qu'elle passait plus de temps dans sa chambre que d'habitude.

Y
ann ouvrit la porte de sa chambre. Une furie blonde lui bondit dessus. Si ladite furie n'avait pas eu de grands yeux gris et noirs, il n'aurait pas reconnu Coralie. Elle regarda le jeune homme dans les yeux et lui serra le cou avec ses mains. Yann ne bougeait pas : il avait trop peur de blesser son amie, aussi folle qu'elle soit devenue. Les yeux exorbités, elle posa ses lèvres sur celles de sa victime. Quand elle le lâcha, un éclair de lucidité éclaira son regard. Un seul mot censé sortit de sa bouche.
« Pa
rdon »
Yann
attrapa un ciseau posé sur la table et se l'enfonça dans l'épaule.


Le froid de la nuit lui mordit la peau, ses yeux cernés lui piquaient, seuls un soutien-gorge en dentelle noire et une longue jupe rouge en velours la couvraient. Deux ou trois conducteurs s'étaient arrêtés pour « l'inviter » à monter mais ils tombaient très vite morts d'une crise cardiaque. De tous les organes qu'elle pouvait contrôler, elle préférait le c½ur, ce petit muscle qui maintenait en vie n'importe quel être humain. Lui ordonner de s'arrêter, c'était tuer l'homme, la femme ou l'enfant et ça, elle s'en délectait. Elle n'était pas devenue insensible, non, elle l'avait toujours plus ou moins été, mais son sadisme avait considérablement augmenté. Son audace aussi. Sa folie encore plus. Dans un decrescendo lent, elle était devenue une légende urbaine.
Elle
arriva au niveau de la gare.
L
es gens rares qu'elle croisait s'enfuyaient ou mouraient. La jouissance de pouvoir tout contrôler. Mais elle voulait plus, encore plus. Tenter l'impossible.
Une route passait sur un pont qui surplombait le chemin de fer. Elle monta dessus et exposa au ciel nocturne son visage devenu encore plus blanc. Ses lèvres pâles laissèrent échapper une longue plainte aiguë. Ses grands yeux se révulsèrent, un débit de paroles incohérentes pour celui qui ne savait rien succéda au cri. Il était question de «nouveauté», de « terre » et de « fer »...
Un train passa sous ses pieds et fit vibrer l'air. La jeune fille baissa la tête, ses longs cheveux lui couvrirent le visage, réussit à arrêter le tourbillon de ses pupilles et les fixa sur les rails qui s'étalaient sous elle.
Dans un
passage de folie plus intense, elle se jeta du haut du pont.
Noir.


L
e train d'une heure du matin venait de déposer ses passagers comme prévu. Un vieil homme remonta la route et passa sur le pont qui dominait le chemin de fer. Il regardait s'affairer les cheminots, quand soudain un petit attroupement au milieu d'une voie lui happa le regard. Au milieu de cinq employés environs, l'homme vit une jeune fille à moitié nue, ses cheveux platine formant une auréole autour de la tête, une large tâche de sang s'étalant autour de toute la partie supérieure de son corps.

Journal du jeudi 24 mai 2007.
Dans le
centre-ville de Thionville, une nouvelle drogue a fait son appariation. Ses effets ne pourraient pas être décrits précisément, mais il semblerait que ses victimes étaient toutes atteintes de folie suite à sa prise. Trois jeunes filles en sont mortes, poussée au suicide par la drogue. ...
A cô
té de l'article publié le matin dans le journal, Les photos d'une petite rousse, d'une brune avec une forte poitrine et d'une blonde aux lèvres pâles...

***


Yann déposa le bouquet sur la tombe et soupira. Quand il avait lu cet article le matin de la mort de Coralie, il avait hurlé, même s'il se trouvait à l'hôpital. Par sa faute d'ailleurs. Avec un triste sourire, il porta la main à son épaule et caressa la longue cicatrice que lui avait laissée la plaie, à travers son t-shirt.
Coralie n'avait pas vécu bien longtemps. Mais pour ce qui était de laisser sa trace sur Terre, elle l'avait fait, ça, c'était certain.



Inurame
¤DeCrEsCeNdO¤

# Posté le samedi 01 septembre 2007 14:11

Modifié le samedi 10 novembre 2007 12:08